Braco Dimitrijevic

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    • 18.03.2011 - 28.08.2011

À partir de son idée de Post-Histoire, Braco Dimitrijevic, l'un des pionniers de l'art conceptuel, développe une œuvre qui questionne les représentations historiques et les valeurs véhiculées par l'image photographique.

L'exposition au Musée national d'histoire et d'art à Luxembourg comprend des œuvres-phare de la carrière de l'artiste ainsi que des créations originales réalisées dans le cadre du Mois européen de la photographie 2011.

Né à Sarajevo en 1948, Braco Dimitrijevic vit et travaille aujourd'hui à Paris. L'artiste grandit dans un atelier d'artistes, éprouvant un besoin constant de s'exprimer à travers des messages visuels. Il abandonne rapidement la peinture pour créer des œuvres qui se sont révélées très tôt être de l'art conceptuel. Il commence sa formation artistique à l'Académie des Beaux-Arts de Zagreb (1968-1971) pour la poursuivre à la St Martin's School of Art à Londres (1971-1973).

Dès le début des années 1970, il gagne une reconnaissance internationale avec ses séries Casual Passer-By (Passant ordinaire), d'immenses portraits photographiques d'inconnus placardés sur des façades proéminentes et des panneaux dans des villes d'Europe et des États-Unis. L'artiste veut créer une œuvre d'art qui analyse le comportement humain. Les photos de Casual Passer-By renvoient à un certain comportement selon lequel le public identifie automatiquement les sujets de ces grands portraits en tant que figures importantes du monde politique ou des médias, alors qu'ils ne le sont pas. Dans les galeries, Dimitrijević présente des versions réduites de ces portraits, indiquant qu'il s'agit de passants ordinaires. Il démontre ainsi le jugement erroné des spectateurs face aux portraits présentés à grande échelle.

L'artiste interroge dans son travail le mécanisme qui favorise certaines idées ou personnes en les rendant célèbres, tandis que d'autres demeurent anonymes. Pour Dimitrijevic « l'histoire donne une image très mutilée et simplifiée du passé. »

En 1976, Dimitrijevic publie son Tractatus Post Historicus, manifeste dans lequel l'artiste réfléchit sur l'histoire et où il formule son concept de Post-Histoire, plate-forme d'une vision aux facettes multiples, où plusieurs vérités coexistent. Dimitrijević commence à intégrer dans ses installations des peintures originales de grands maîtres, empruntées dans les collections des musées. Ces Triptychos Post Historicus constituent une harmonieuse synthèse entre l'art, des objets du quotidien et des fruits. La déclaration de l'artiste « Louvre is my studio, street is my museum » (« Le Louvre est mon atelier, la rue est mon musée ») reflète bien la double nature dialectique et transgressive de son œuvre.

Au début des années 1990, il commence un nouveau cycle d'installations, avec des portraits, non plus d'inconnus, mais d'artistes, de musiciens et de scientifiques célèbres. Ses installations poétiques aux portraits d'artistes célèbres renvoient à la place de l'œuvre d'art et de son créateur dans l'histoire de l'art, proposant de nouvelles lectures ainsi que des interprétations créatives et libres. Les visages de ces personnages illustres sont beaucoup moins connus que leurs exploits, ce qui rend leurs portraits presque aussi anonymes que ceux des passants ordinaires.

L'œuvre de Braco Dimitrijevic ainsi que son livre théorique Tractatus Post Historicus ont exercé d'importantes influences sur deux tendances qui dominent le discours artistique d'aujourd'hui : les pratiques critiques dans l'espace publique et les interventions dans les collections des musées.